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Oser l’émotion
Vos témoignages

"Les émotions, c’est la vie "

Avant, je n’étais pas une femme. Pas même une fille. J’étais asexuée. Le peu d’accès que j’avais à ce qui était intimement féminin en moi était source d’énormes angoisses. Et donc la plupart du temps nié. Depuis t bientôt six ans, je fais une psychothérapie. Véronique m’a écoutée avec une bienveillance inconnue pour moi. Peu à peu des choses se sont débloquées. Je vivais alors en couple, avec d’énormes difficultés dans ma sexualité. A force de barrières qui tombent, de blocages qui se lèvent, une séance, en octobre 2005, a bouleversé ma vie. Elle restera pour toujours gravée dans ma mémoire. Jamais nous n’avions abordé la réalité qui va suivre. Je l’avais refoulée. Avant cette séance, j’étais de plus en plus consciente de ma féminité, même si les angoisses restaient très fortes. Nous avions tellement de fois abordé ce qu’était "être femme" pour moi. Lors de cette séance, j’ai dit : "j’existe" et des flashes horribles me sont soudain apparus. D’abus sexuels. D’inceste. Par mon géniteur. Je ne peux le nommer autrement. Je suis redevenue une petite fille terrorisée. Véronique m’a prise dans ses bras, mais malgré sa douceur et son soutien, je suis restée terrorisée. Depuis, rien ne s’est démenti, les émotions ont parlé. Et continuent de le faire. Mes émotions. Refoulées et niées. Véronique m’a accompagné et continue de le faire, dans ce voyage vers cette merveilleuse redécouverte. Les émotions, c’est la vie. Les émotions me font femme. Ce furent d’abord des torrents d’émotions ingérables. Mais c’était si bon d’expulser, si bon de ressentir. Douloureux aussi. Mais comme c’est bon de se sentir enfin vivante ! Beaucoup de colère surtout. Longtemps. Encore maintenant, même si la tristesse a davantage pris le relais. La joie se fait une place aussi, de plus en plus. Ce n’est pas aussi simple car une autre partie de moi veut tout contrôler et a peur de lâcher prise. Une partie de moi voudrait étouffer à nouveau toute expression d’émotions. C’est une bataille...Mais que je suis sûre de gagner (car les valeurs masculines sont bien là et me sont importantes aussi). Oser le lâcher-prise, c’est ce que je suis en train de mettre en place. A mon travail, ce fut un chamboulement. Je n’ai pas pensé qu’il ne fallait rien exprimer au travail. J’étais trop contente d’être vivante. Alors j’ai exprimé. Mais comme j’étais submergée, c’était du brut, du cash. Comme un enfant. Celle qui s’était éteinte très petite. Patron et collègues ont dû s’adapter à cette nouvelle donne : j’existais. J’ai voulu partager le bonheur d’exprimer ses émotions. Et par la force des choses, je me suis montrée très vulnérable. C’était très dur. J’ai eu du mal à l’accepter, même si je savais que c’était le chemin à suivre. L’image que l’on me renvoyait m’a fait mal. Car j’ai montré un grande fragilité, mais je n’étais pas que cela. Je me suis relevée et j’ai retrouvé au travail un bon niveau. Je voulais qu’ils comprennent. Ils l’ont fait jusqu’à un certain point. Après, ce fut trop d’émotions pour le monde professionnel. Quand-même composé d’êtres humains. Qui ont eux-mêmes des émotions qu’ils vivent ou qu’ils nient. Un collègue pour qui j’avais des sentiments très forts était au centre de cette "affaire" également, je me dois de le préciser par honnêteté. Le cœur était au premier plan. Et mon contrat fut rompu. J’en garde une grande blessure car je m’investissais à fond pour une société que j’aimais. Mais ma vie continue et je ne veux pas avoir honte d’avoir agi ainsi. Voilà aussi pourquoi je témoigne. Et je continue à exprimer et à découvrir chaque jour de nombreuses nuances dans mes chères émotions. Je goûte le bonheur d’être femme chaque jour un peu plus. D’être femme dans ce qu’il y a de plus féminin. Je suis célibataire depuis trois ans maintenant mais je me sens pourtant bien plus sexuée que lorsque j’étais en couple et qu’alors je me fuyais. Depuis que "j’existe", j’ai appris à créer des liens plus sains, plus authentiques. A mon rythme. J’ai très peur de l’intimité. Je m’ouvre à doses homéopathiques, mais je m’ouvre. J’apprends à recevoir et à donner de manière vraie. La vie me semble merveilleuse, même si la souffrance en fait partie chaque jour. Je voudrais dire aussi que je suis inscrite sur un forum composé majoritairement de victimes d’inceste et que j’y ai découvert une énorme générosité notamment dans le partage des émotions. La société a beaucoup à apprendre des hommes et femmes ayant vécu des abus sexuels. Elle gagnerait à ce que l’inceste ne soit plus tabou. Cela renvoie chacun de nous à ce qu’il y a de plus intime et ce n’est certes pas facile. Cela implique de rentrer en contact réel avec soi. Et pour créer "une relation d’être à être", comme vous le dites si bien dans votre livre. Je reprends vos mots qui m’émeuvent tellement : "l’intimité est une valeur" et "(..)notre seul réel espace de liberté". Je ne suis pas encore mère, mais de plus en plus pleinement femme. Faire confiance à la femme que je suis, j’y travaille chaque jour. Faire confiance aux autres est la prochaine étape. Faire confiance à un homme viendra, je l’espère. J’ai adoré votre livre. Il me parle énormément ! Il m’a touchée au-delà des mots car il fait écho à mon vécu. MERCI.

Alexandra, 32 ans

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