"Je fonctionnais comme un robot"
J’avais 30 ans, j’étais journaliste, et, aux dires des hommes, j’étais belle. Je veux dire par là que j’avais tous les signes extérieurs de la féminité réussie. Après avoir présenté les flashs d’information sur Canal plus, j’étais responsable des reportages d’une émission littéraire sur TF1.
Je revenais de Vienne, en Autriche où j’avais interviewé un écrivain. J’étais en salle de montage avec le réalisateur lorsque, dans un soudain éclair de lucidité, je vis la manière dont je le traitais. La manière dont je me traitais. J’étais dure, froide. Je me voulais professionnelle, je me comportais en dictateur. Je ne tenais aucun compte de mes limites, de mes besoins, de mes vulnérabilités. Encore moins de celles des autres. C’est simple, je ne les voyais même pas. Les relations humaines ? Peu importait, seul comptait le résultat. À force de zèle, de volonté d’efficacité, j’étais devenue… inhumaine. Je fonctionnais comme un robot. Ce fut un signal, le tout premier germe d’un éveil, d’une lente prise de conscience qui dura plus de quinze ans.
Valérie Colin-Simard, 47 ans, psychothérapeute et écrivain