"La pute et la mère"
Oui. J’ai l’impression que seuls ces deux identités là existent dans ma vie. De la pute, dont l’imaginaire et l’expérience sexuels ont été façonnés par la pornographie jusqu’à ce qu’un travail thérapeutique et des lectures alternatives viennent semer en moi des graines nouvelles, je suis devenue mère, et je n’ai pas vécu autrement ma féminité.
La pute, car je cherchais à travers le sexe et de bras en bras un Amour qui me réconforterait, me rassurerait, en vain. Au prix de ma santé. Puis, je suis devenue mère, sans avoir réglé mon rapport à ma sexualité, sans avoir pris le temps d’assumer mes émotions et d’être maître de mon pouvoir de séduction sur les hommes. Non, je continue à réagir comme une petite fille. C’est elle qui ressurgit quand elle a besoin d’être aimée, même dans un contexte professionnel. Pire juge de moi-même ? certainement. a la recherche d’un refuge derrière une image d’intello, faussement indépendante ? aussi. A 27 ans et Maman d’un garçon de 15 mois, j’agis et réagis comme je le faisais à 15. A croire que les bases de l’estime de moi ne sont toujours pas consolidées.
A cette soirée "boulot", il y avait les femmes et/ou les enfants des uns, j’étais une des rares à être venue sans compagnon et/ou enfant car je faisais partie des organisateurs. Je sentais d’une part la jalousie des épouses vis-à-vis de ma beauté, dont le couple souffre peut-être de la fatigue du temps, et peut-être parce que je côtoie plus leur mari qu’elles mêmes n’ont l’occasion de le faire, et d’autre part, le désir d’un chef venu de l’étranger, dont j’avais ressenti les chaleureux regards toute la journée au bureau. Avais-je été engageante ? Mon sourire "gentil" signifiait-il une avance ? Je veillais sur les gens à la fois comme une hôtesse ou comme une mère. Etait-ce donc ça qui lui avait permis de me demander de le rejoindre à son hôtel ? Echange inapproprié dans un contexte professionnel, qui m’a beaucoup dérangé. N’avais-je donc pas déjà connu ce genre de situation auparavant pour voir venir et éviter ce malaise auquel j’avais réagi en me cachant derrière mon obligation de rentrer à la maison pour retrouver mon fils, puis la relation avec mon partenaire (pas très fameuse d’ailleurs). Il y a du vocabulaire avec lequel je suis mal à l’aise, il y a beaucoup d’émotions que je n’écoute pas et que je ne sais pas reconnaître. Je ne m’écoute tout simplement pas, et c’est dramatique, ça me fait perdre beaucoup de temps. J’ai l’impression que je pourrais seulement me construire en me tenant un temps à l’écart des hommes, car en leur présence, je me place systématiquement dans une position de soumission.
Anonyme
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